BTS SIO2 · Les animaux et l'Homme · Oral

Le Calamar& l'Homme

Teuthida · Mollusca · Cephalopoda  ·  Exposé de zoologie culturelle

Calamar géant dans les profondeurs
Illustration naturaliste d'un grand calamar — créature des profondeurs océaniques
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Présentation de l'animal

Étymologie · Premières représentations · Interprétations fondatrices

Question a — Étymologie

L'origine du mot « Calamar »

Référence grecque Teuthis calamar
La racine grecque teuthis (τευθίς) — nom du céphalopode en grec ancien

Le mot « calamar » provient du latin médiéval calamarium, dérivé de calamus — « roseau, plume à écrire ». La métaphore est immédiate : la poche à encre du céphalopode évoquait l'encrier du scribe, et son gladius (os interne transparent) rappelait la plume de roseau. L'animal portait ainsi en son nom même son premier usage utilitaire pour l'homme.

En grec ancien, le calamar se nommait teuthis (τευθίς), racine qui a donné le nom scientifique de l'ordre Teuthida. Cette racine se retrouve en italien (totano), en espagnol (calamar), et dans toutes les langues méditerranéennes. Le latin loligo, autre nom antique, a donné Loligo vulgaris, nom scientifique du calamar commun.

Question b — Premiers textes et représentations

Les premières traces : époque, civilisation, interprétation

Vase minoen céphalopode 1500 av JC Crète
Vase minoen au céphalopode, ~1500 av. J.-C. (Crète, Musée d'Héraklion) — symbole de la mer nourricière et de sa puissance cyclique

Les premières représentations de céphalopodes remontent à la civilisation minoenne (Crète, ~1500 av. J.-C.). Des céramiques dites « de style marin » montrent des pieuvres et calamars aux tentacules stylisés sur des vases rituels. Pour les Minoens, peuple insulaire vivant de la pêche, la créature symbolise la puissance féconde et mystérieuse de la mer : un signe positif, protecteur.

Gravure naturaliste ancienne 1861 calamar
Gravure naturaliste publiée en 1861 — avec l'essor des sciences naturelles, le calamar devient objet d'étude et d'illustration précise

Aristote (~350 av. J.-C., Grèce) est le premier naturaliste à décrire scientifiquement le calamar dans son Histoire des animaux (Livre IV). Il distingue la seiche, la pieuvre et le calamar, décrit son mode de nage et son jet d'encre. Pour lui, la créature suscite l'admiration (intelligence, complexité) mais aussi une méfiance : son encre qui obscurcit l'eau est déjà perçue comme une forme de tromperie.

Pline l'Ancien (Rome, Ier siècle ap. J.-C.) rapporte dans son Historia Naturalis des récits de calamars géants attaquant des pêcheurs. La créature, jusqu'ici symbole de la mer nourricière, acquiert progressivement une dimension de danger et de peur : elle représente l'inconnu des profondeurs, là où l'homme ne peut pas aller.

L'animal dans les contes & légendes du monde entier

Deux récits · Résumé en 5W · Deux aspects différents · Explications culturelles

Le calamar a nourri deux grandes familles de récits à travers le monde : l'une le présentant comme un monstre destructeur, l'autre comme une figure bienveillante ou sacrée. Ces visions opposées révèlent le rapport qu'entretient chaque civilisation avec la mer.

Récit 1 — Aspect menaçant / terreur

Le Kraken — Mythologie nordique (Islande & Norvège, XIIe siècle)

Le Kraken monstre marin mythologie nordique
Représentation du Kraken — le « monstre qui coule les navires » des légendes nordiques, directement inspiré du calamar géant
Qui ?

Le Kraken, monstre marin colossal inspiré du calamar géant

Quoi ?

Il surgit des abysses, ses tentacules géantes encerclent et coulent les navires

Où ?

Mers du Nord, côtes islandaises et norvégiennes

Quand ?

Premiers récits écrits vers 1180 dans le Konungs skuggsjá

Pourquoi ?

Il monte des profondeurs, encercle les bateaux, plonge en créant un tourbillon fatal

Le Kraken incarne l'aspect terreur et puissance destructrice : la mer est un ennemi imprévisible qui peut engloutir l'homme. Ce récit reflète l'expérience des pêcheurs nordiques confrontés aux tempêtes et à l'immensité hostile de l'Atlantique Nord. Des spécimens d'Architeuthis dux pouvant dépasser 13 mètres ont réellement été observés échoués, alimentant directement la mythologie.

Récit 2 — Aspect sacré / familier

L'Ika (烏賊) — Tradition shinto et culture japonaise

Gravure japonaise surimono 1825 calamar mer
Surimono japonais (1814, British Museum) — gravure représentant la relation intime entre la mer, ses créatures et la culture nippone
Qui ?

L'ika (calamar), figure divine et nourricière dans le shinto

Quoi ?

Messager des dieux de la mer, offrande rituelle dans les sanctuaires

Où ?

Japon, côtes du Pacifique et de la mer du Japon

Quand ?

Traditions shinto depuis l'Antiquité, représentations dès le XVIe siècle

Pourquoi ?

Offrandes de calamars séchés dans les sanctuaires ; fêtes de la mer mettant l'animal à l'honneur

Dans la culture japonaise, le calamar est une figure nourricière, familière et quasi sacrée. Contrairement à l'Europe du Nord, la mer est perçue comme une mère généreuse. L'ika est central dans la cuisine, l'art et le shinto.

"Là où les Vikings voyaient dans le calamar un monstre engloutisseur de navires, les Japonais y voyaient un messager des dieux et le don quotidien de la mer."

Explication culturelle : Ces deux visions opposées s'expliquent par le rapport de chaque société à la mer. Les peuples nordiques affrontent des mers dangereuses avec des embarcations précaires : ils y projettent leurs angoisses. Les Japonais, île-nation dont la survie dépend de la pêche depuis des millénaires, ont intégré la mer — et ses créatures — comme une force bienveillante à respecter, non à craindre.

L'animal au Moyen Âge

Bestiaires · Continuité ou rupture · Lecture chrétienne

Question a — Dans le bestiaire médiéval

Le calamar comme symbole moral

Enluminure bestiaire médiéval créature marine symbole
Enluminure d'un bestiaire médiéval (XIIe s.) — chaque créature marine y est chargée d'une signification morale chrétienne

Dans les bestiaires médiévaux — encyclopédies illustrées mêlant description naturelle et allégorie morale — le calamar est assimilé au Léviathan, le monstre marin des Écritures (Job 41), figure du chaos et du diable.

Léviathan Gustave Doré Bible monstre marin
Gustave Doré, Le Léviathan (illustration biblique, 1865) — le monstre des abysses incarne le mal et le chaos dans la tradition judéo-chrétienne

L'exemple précis le plus parlant est le Manuscrit d'Aberdeen (~1200, Écosse), qui décrit le polypus (céphalopode) comme une créature capable de changer de couleur pour piéger ses proies. Le clerc y lit une métaphore du diable trompeur : comme l'animal qui prend la couleur de son environnement pour duper ses victimes, Satan prend l'apparence du bien pour piéger les âmes. Le jet d'encre obscurcissant les eaux devient l'image du péché obscurcissant la raison.

Question b — Continuité ou rupture ?

Par rapport à la Préhistoire, l'Antiquité et l'avant-écriture

Il y a à la fois continuité et transformation profonde. En Préhistoire et dans l'Antiquité grecque, le calamar suscitait la peur (monstre marin) mais aussi l'émerveillement : les Minoens en faisaient un symbole positif, Aristote l'étudiait avec curiosité scientifique, sans jugement moral.

Au Moyen Âge, la représentation se charge d'une dimension morale absente auparavant : la créature n'est plus simplement dangereuse ou mystérieuse — elle devient porteuse d'un sens allégorique chrétien. Son comportement naturel est lu comme symbole du mal.

PréhistoireÉmerveillement · représentation artistique · fertilité marine
AntiquitéCuriosité scientifique + crainte · Aristote, Pline
Moyen ÂgeSymbole du mal · tromperie · allégorie chrétienne

La rupture principale : avant le Moyen Âge, le calamar est observé pour ce qu'il est. Après, il est relu à travers le prisme de la foi chrétienne, qui impose un sens moral à chaque créature naturelle.

Question c — La religion chrétienne comme explication

Lire la nature comme un livre moral

Cette interprétation s'explique par la domination de la pensée chrétienne au Moyen Âge. Dans la Bible, la mer est un espace de chaos et d'obscurité, peuplé de monstres opposés à l'ordre divin. Le Léviathan est l'archétype de la bête des profondeurs associée au diable.

Dans ce cadre interprétatif, tout animal au comportement mystérieux ou trompeur — comme le calamar qui disparaît dans un nuage d'encre ou change de couleur — est naturellement associé aux forces du mal. La scolastique médiévale conçoit le monde naturel non comme un objet d'étude, mais comme un livre de signes moraux que Dieu a déposé pour guider l'humanité.

"Le calamar qui obscurcit les eaux de son encre est, pour le clerc médiéval, l'image de l'hérétique qui corrompt les âmes simples par ses discours trompeurs."

L'animal aujourd'hui

Regard contemporain · Deux œuvres · Exceptions mondiales

Question a — Regard actuel + œuvres (picturales, ciné, littéraires)

Du monstre à la mascotte : deux œuvres de référence

Aujourd'hui, le calamar oscille entre fascination scientifique (premier film d'un calamar géant vivant en 2006), ressource alimentaire mondiale (4 millions de tonnes pêchées par an) et figure culturelle pop. Le regard contemporain a largement dépassé la vision démoniaque médiévale.

Jules Verne 20000 lieues sous les mers calamar géant illustration Riou
Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers (1870) — illustration d'Édouard Riou. Le Nautilus attaqué par un calamar géant : naissance du calamar comme figure de la science-fiction et de la littérature d'aventure.
Calamar des Caraïbes bioluminescence couleurs
Documentaires naturalistes (BBC, NatGeo) — les caméras sous-marines ont transformé le calamar de monstre légendaire en merveille scientifique accessible au grand public. La bioluminescence et le camouflage fascinent aujourd'hui des millions de spectateurs.

Œuvre 1 — Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers (1870, France, Littérature) : Verne réinvente la terreur du Kraken nordique à travers le prisme de la science moderne. Le monstre est réel, mesurable, observable — mais toujours menaçant. Cette œuvre fonde la représentation du calamar géant dans la littérature et le cinéma populaires du XXe siècle (de King Kong à Pirates des Caraïbes en passant par Cloverfield).

Œuvre 2 — Nintendo, Splatoon (2015, Japon, Jeu vidéo) : Les héros sont des adolescents mi-humains mi-calamars capables de se transformer en encre colorée. Le calamar y est une figure attachante, ludique et "cool", vendue à plus de 13 millions d'exemplaires dans le monde. Cette réappropriation japonaise prolonge la tradition de familiarité nippone avec la créature, adaptée à la culture pop du XXIe siècle.

Question b — Exceptions dans le monde

Des regards encore très différents selon les cultures

Sushi calamar ika Japon cuisine
Le calamar (ika) en sushi — au Japon, en Corée et dans les pays méditerranéens, la familiarité gastronomique génère une relation culturelle positive et décomplexée avec l'animal

Malgré la mondialisation, des exceptions notables persistent. Dans de nombreuses communautés religieuses juives et islamiques, les céphalopodes restent des animaux impurs ou proscrits (non écailleux), totalement absents de la culture symbolique et alimentaire.

Dans certaines cultures d'Afrique subsaharienne continentale, le calamar est simplement inconnu — là où la mer n'est pas un horizon culturel, la créature n'existe pas dans l'imaginaire collectif.

À l'inverse, dans les cultures méditerranéennes (Espagne, Italie, Grèce, Portugal) et est-asiatiques (Japon, Corée), le calamar est omniprésent et aimé : calamars frits, encre de seiche dans les pâtes, tentacules grillés.

Explication : Ces différences s'expliquent par trois facteurs — la géographie (pays côtiers vs continentaux), la religion (lois alimentaires), et l'histoire économique (les peuples dont la survie a dépendu de la pêche ont développé un attachement culturel fort à ses créatures).

Ce qu'il faut retenir du calamar & de l'Homme

Calamar vivant dans son milieu naturel
Le calamar des Caraïbes dans son milieu naturel — un animal qui fascine encore aujourd'hui scientifiques comme artistes

À travers les siècles et les cultures, le calamar a fonctionné comme un miroir du rapport de l'Homme à la mer et à l'inconnu. Trois grandes constantes se dégagent :

"Ce que l'Homme a vu dans le calamar au fil des âges, c'est avant tout ce qu'il craignait ou désirait trouver dans les profondeurs — de lui-même autant que de la mer."

Sources & références

  1. Aristote, Histoire des animaux, Livre IV, ~350 av. J.-C. (trad. Barthélémy-Saint-Hilaire, 1883)
  2. Pline l'Ancien, Historia Naturalis, Livre IX, Ier siècle ap. J.-C.
  3. Manuscrit d'Aberdeen, Bestiarum Vocabulum, ~1200 (Aberdeen University Library, Ms 24)
  4. Konungs skuggsjá [Le Miroir du Roi], texte norvégien, ~1250 — première description écrite du Kraken
  5. Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers, Hetzel, 1870
  6. Norman, M. (2000). Cephalopods: A World Guide. ConchBooks.
  7. Kubodera, T. & Mori, K. (2005). First-ever observations of a live giant squid. Proceedings of the Royal Society B, 272. doi:10.1098/rspb.2005.3158
  8. Nintendo, Splatoon (2015) — analyse culturelle : Consalvo, M. (2016). Atari to Zelda: Japan's Videogames in Global Contexts. MIT Press.
  9. IUCN Red List — Architeuthis dux : iucnredlist.org